Franchisés, comment gérer l’équilibre entre votre vie privée et votre vie professionnelle ?

L’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée est un des sujets les plus complexes de la vie des entrepreneurs. La plupart d’entre nous sommes prêts à donner beaucoup pour assurer la survie et le développement de l’entreprise que nous avons bâtie, mais la création d’entreprise est une course de fond dans laquelle ceux qui donnent trop au départ perdent pied.

Lors de nos rencontres avec des candidats à la franchise, le sujet est abordé de multiples manières. Certains estiment pouvoir travailler sans relâche pendant 10 ans alors que d’autres souhaitent « un concept qui leur donne un bel équilibre ».

Mais une fois lancé dans le grand bain, tout est étrangement remis en question, et ceux qui estimaient que le respect du sacro-saint équilibre serait une formalité se noient parfois dans un verre d’eau. A tel point que ce sujet devient avec le développement de notre enseigne, un des grands thèmes d’accompagnement de nos franchisés par nos consultants terrain.

Cet article vous donnera quelques clés pour améliorer votre compréhension du concept et obtenir un véritable équilibre.

Questionner le concept d’équilibre entre vie privée et vie professionnelle

J’ai mis plusieurs années à trouver un équilibre. Et pour y arriver, j’ai du largement revoir ma conception de ce qu’est un équilibre. Car le concept d’équilibre en lui-même pose plusieurs problèmes d’interprétation :

  1. Il sous-entend qu’il existerait une barrière claire entre vie privée et vie professionnelle, ce qui dans les faits est rarement possible lorsque l’on est entrepreneur
  2. Il implique qu’il serait possible de répartir équitablement notre énergie vers deux pans de notre vie, alors qu’il serait plus adéquat de voir chacun des pans comme alimentant l’autre en énergie
  3. Il laisse entendre qu’il suffirait de réduire la charge et les heures de travail pour améliorer la vie privée, sans prendre en compte le fait qu’une diminution de charge de travail mal gérée peut mettre en péril votre activité et votre santé morale par la même occasion.

N’essayez surtout pas de construire une frontière pour séparer vos activités privées et professionnelles. Un salarié qui réalise 35h par semaines peut se le permettre, pas vous. Votre mentalité doit évoluer : acceptez déjà que vous n’avez qu’une vie et que cette vie est un savant mélange entre plusieurs pans qui doivent cohabiter en harmonie afin de nourrir votre épanouissement d’ensemble.

Vous serez parfois tiraillés par l’un des pans, parfois plus enclins à aller vers un autre. Peu importe, l’important sera de laisser cet ensemble s’équilibrer de lui-même en vous focalisant sur votre satisfaction personnelle.

Comment réussir concrètement ?

Une fois que vous avez mieux cerné la philosophie de l’équilibre recherché, reste encore à le mettre en pratique au quotidien. Car lorsque l’activité ne va pas aussi bien qu’on le souhaiterait, que les problèmes s’accumulent et que le téléphone ne s’arrête plus de sonner, il devient compliqué de sortir la tête de l’eau même avec toute la bonne volonté du monde. Or ce que je viens de décrire, ce n’est rien de plus que notre quotidien.

Concentrer ses efforts pour créer de la valeur

Dans mon domaine, on peut passer sa vie à optimiser. La restauration est non seulement un domaine qui se renouvelle régulièrement, mais surtout une activité connue pour ses besoins récurrents en gestion de personnel et de marge. Il ne suffit jamais de calibrer les choses pour qu’elle fonctionne, il faut sans cesse optimiser, repenser, contrôler.

Si l’on veut faire les choses de manière parfaite, on passe ses journées à servir les clients et ses nuits à optimiser. Après quelques mois, on s’épuise puis on finit par ne plus jamais rien parfaitement. Il faut donc apprendre à concentrer ses efforts sur ce qui crée de la valeur, sur ce qui vous fait avancer, et sur ce qui vous fait perdre de l’argent.

J’ai une fâcheuse tendance à vouloir toujours tout améliorer et optimiser. Une tendance envahissante lorsque vous gérez un réseau d’une cinquantaine de restaurants ayant chacun leurs idées et demandes.

Depuis 2018, j’ai accepté que je ne pourrais pas tout faire, et ce quelle que soit la taille de mon équipe. Nous avons donc classé les priorités d’évolution du réseau selon l’impact qu’elles auraient sur notre pérennité et les attaquons une par une avec l’adhésion de nos franchisés. Non seulement nous gagnons largement en efficacité, mais je ne passe plus mes nuits à réfléchir à ce que nous pourrions faire d’autre.

Concentrez-vous sur des activités à forte valeur ajoutée, et focalisez-vous pleinement sur l’idée de les mener à bien. Non seulement vous réduirez considérablement le temps passé à essayer d’optimiser, mais vous n’en serez que plus efficace.

Programmer et organiser

Si je ne devais vous donner qu’un conseil ? Planifiez votre vie et tenez-vous à vos plannings. C’est probablement la méthode la plus efficace pour profiter au mieux de chacun des instants de votre vie :

  • Vous planifiez vos rendez-vous ? Pourquoi ne pas planifier vos activités personnelles et vos moments de travail en solo ?
  • Obligez-vous à trouver des créneaux pour les activités extra professionnelles dont vous avez besoin. Ne les reportez pas sous prétexte qu’il ne s’agit pas de travail
  • Bloquez des moments pour vous et votre famille dans vos agendas. Cela peut paraitre fou, mais vous aurez plus de facilité à ne pas vous mettre au travail sur ces créneaux
  • Obligez-vous à certaines horaires certains soirs par semaine

Cette approche à quelque chose d’étrange car elle va contre tout ce qui nous a toujours été appris. Dans l’esprit commun, le calendrier est utilisé pour le travail, et on ne planifie pas le temps passé avec ses proches.

Mais quand on réalise comme l’équilibre vie privée vie professionnelle est difficile à atteindre, et comme une entreprise peut dévorer votre temps, on finit par accepter qu’il faut bloquer des créneaux sur lesquels on ne travaille pas plutôt que l’inverse. Peu importe ce que vous mettez dans ces créneaux, bloquez-les et efforcez-vous d’y faire des choses qui vous épanouirons et vous sortiront l’esprit de votre entreprise.

Accepter la possibilité de l’échec

BCHEF a été ma première entreprise sérieuse. La première qui ait embauché des gens (nous sommes désormais près de 350 si l’on compte nos franchisés et leurs équipes). Prenant conscience de cette réalité, la peur de l’échec s’est mise à m’encombrer l’esprit en 2018.

La peur de l’échec est un des facteurs les plus dangereux pour l’équilibre vie privée vie professionnelle. Il vous hante en permanence, vous limite dans votre capacité de décision, vous rend irritable, vous ôte tout goût à l’amusement et vous empêche de dormir.

En cherchant à vouloir être bon partout (être un bon patron, être un bon parent, être un ami loyal et disponible, etc.), vous allez indéniablement vous sentir en situation d’échec. Un sentiment qui pourrait rapidement briser tout équilibre dans votre vie et vous mener vers la dépression ou le burnout.

J’ai pris le temps d’échanger avec d’anciens dirigeants ayant connu l’échec, pour réaliser qu’aucun d’entre eux ne semblait traumatisé par ce qu’il avait vécu. L’anxiété générée par la possibilité d’un échec serait en réalité bien plus destructrice que l’échec lui-même. On imagine toujours l’échec entrepreneurial comme la fin de tout, le pire des échecs. Mais la plupart des dirigeants que j’ai rencontré ont rebondit, avec plus d’expérience et de maturité.

Il est donc est primordial d’apprendre à gérer l’idée d’échec en prenant du recul sur ce qu’il représente réellement. La peur ne vous aide pas. Si vous devez connaitre l’échec, vous le rencontrerez tôt ou tard. En attendant, avancez et faites en sorte que ce ne soit pas maintenant.

Apprendre à dire non

« Bonjour, je suis Matthias de HappyFood, la nouvelle startup qui va changer votre manière de travailler et que tout le monde s’arrache dans la restauration ». Je dois recevoir ce type d’appel environ 12 fois par jour, du matin jusqu’au soir. Que je sois en train de déjeuner, de travailler ou de dormir (le matin, parfois), le téléphone sonne sans cesse et vient vous piquer de manière désagréable pendant que vous vous concentrez sur autre chose.

Il faut donc apprendre à dire non.

  1. Ne pas décrocher son téléphone à chaque appel intempestif afin de rester focalisé sur les problèmes les plus importants
  2. Ne pas accepter de lancer des projets dans tous les sens parce qu’on vous a sollicité sans prendre en compte la charge de travail qui pourrait en résulter
  3. Ne pas dire oui à toutes les opportunités sous prétexte qu’elles pourraient vous faire gagner 20 centimes de plus
  4. Ne pas lire à la minute tous les mails qui vous parviennent sous prétexte qu’ils ont fait sonner votre téléphone.

J’en passe forcément, mais je pense que vous aurez compris la logique. L’idée n’est pas de rejeter tout en bloc, mais bien d’accepter que vous ne puissiez pas tout faire si vous voulez conserver une hygiène de vie raisonnable. Focalisez-vous sur l’essentiel, dites non à ce qui est accessoire.

Ces quelques techniques simples demandent en réalité du temps. Il s’agira d’abord de se forcer afin qu’elles deviennent des habitudes, puis des automatismes. Mais une fois acquises et digérées, elles allégeront largement le poids de votre vie professionnelle et vous donneront le sentiment d’être plus en maitrise de ce que vous faites et de ce que vous vivez.

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